devenir son propre coach!
- 3 juil. 2016
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Quelle est la meilleure attitude à adopter face à notre apprentissage du chant?
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Nous avons tous besoin de nous sentir encadrés, soutenus, encouragés. Légitimement, nous pouvons espérer recevoir cela de la part de notre professeur. Néanmoins, il est toujours intéressant de réfléchir à notre propre comportement afin de l’optimiser pour rendre notre progression plus rapide et plus agréable. Ce sujet est traité en 5 points: 1° Retrouver son âme d’enfant 2° Apprendre ou réapprendre à se montrer bienveillant envers soi-même 3° Apprendre à relativiser et à prendre un peu de distance vis-à-vis de son apprentissage 4° Se fixer des objectifs réalistes 5° Apprendre à ouvrir les yeux pour s’intéresser au processus plus qu’au résultat. 1° Retrouver son âme d’enfant

Personnellement, je suis convaincue que la notion de plaisir est indispensable à toute forme d’apprentissage. Le chanteur, pour libérer sa voix et sa créativité dans l’interprétation, a besoin d’être dans le lâcher-prise et dans une forme de joyeux abandon. C’est une quête et parfois la raison-même de la démarche de l’élève à prendre des cours de chant. « J’ai envie d’apprendre à lâcher-prise, je ne ne sais pas comment, je n’y arrive pas… ». C’est en effet plus facile à dire qu’à faire. Il n’est pas question de changer du jour au lendemain ce que nous sommes, de faire d’une personne réservée ou timide quelqu’un d’extraverti. Nous pouvons néanmoins ne pas subir certains comportements que nous avons, afin qu’ils ne nous emprisonnent pas. Ma philosophie est d’essayer de se connecter avec des sensations que nous connaissons, de partir de notre expérience, de notre vécu et d’essayer de faire des liens et de transposer.
Nous avons tous été un jour un enfant. Les enfants apprennent dans le jeu. Ils sont, la plupart du temps, dans l’action. Pour atteindre leurs objectifs, ils déploient des stratégies: ils expérimentent, éprouvent leurs connaissances, en développent de nouvelles mais cela ne se fait ni dans le jugement ni dans le contrôle. Ainsi, par exemple, pour apprendre à faire une roue, l’enfant testera et échouera. Il ne se découragera pas, réessayera, affinant et précisant à chaque fois son geste, jusqu’à finalement réussir. Nous pouvons évidemment montrer, expliquer la méthode, servir de guides et de modèles mais, quand le corps de l’enfant sera lancé dans l’action, il ne sera plus que volonté, mouvement et liberté. Comme adultes réfléchis, nous avons souvent tellement peur d’échouer, de tomber et de nous faire mal que nous mettons en place, consciemment ou inconsciemment, une série de processus supposés nous protéger. Le problème, c’est que, si nous continuons à porter nos armures, alors même que le péril est passé, elles commencent à peser, à nous entraver dans nos mouvements et, finalement, à nous clouer sur place. En chant, c’est absolument nécessaire de s’en défaire. Nous ne pouvons pas atteindre une liberté émotionnelle, corporelle et intellectuelle si, en prenant l’élan pour sauter, nous calculons déjà la distance que nous allons parcourir et la douleur que nous éprouverons en cas de chute. Les enfants, ceux que nous côtoyons et celui que nous avons été, doivent nous servir de source d’inspiration: Favorisez le jeu, le goût de faire pour le plaisir, la persévérance, l’audace et le non jugement. L’attitude à adopter sera donc la suivante: Réfléchir avant, analyser ensuite mais être dans l’action et dans rien d’autre au moment de chanter. Par exemple: le professeur joue au piano la phrase musicale que je vais devoir chanter. J’entends les notes. Je visualise mentalement le chemin que parcourra l’air dans mon corps au moment de respirer, ce que je vais devoir détendre, ce que je vais devoir solliciter. Je vais penser à ce que j’aimerais entendre, à l’émotion que je voudrais donner, au plaisir que je veux sentir, à celui que je voudrais susciter. Comme un archer, je vais concentrer toute mon attention et mon être vers la cible que je voudrais atteindre, jusqu’à ne plus faire qu’un avec elle. Et là, quand je le déciderai, je me lancerai et je ne penserai plus à rien. Je serai dans l’action, la vibration, l’énergie de mon chant. Je devrai faire confiance et être certaine que, si ce que j’ai demandé à mon corps a ete bien formulé et compris et que je ne laisse rien, aucune pensée, aucun doute, s’immiscer dans le processus enclenché, tout se passera bien. Ma flèche aura toute les chances d’atteindre sa cible, c’est à dire: chanter juste, librement, avec coeur, en projetant le son dans l’espace pour qu’il soit outil de communication, d’expression. Il sera intéressant, d’analyser ce qui s’est produit, ensuite, en bien ou en mal. S’imprégner des sensations pour éventuellement, pouvoir les reproduire ultérieurement (ou améliorer par la suite ce qui ce sera moins bien passé). Conclusion: plus nous appréhenderons les choses par le jeu, plus le corps répondra positivement à la sollicitation. Etre dans l’action, sans crainte et se sentir vibrant et vivant! Voyez votre cours de chant comme une aire de jeux dans laquelle vous pouvez tout essayer. Le professeur vous montrera le chemin, vous guidera, sera l’oreille attentive pour vous écouter mais ce sera à vous de jouer! 2° Apprendre ou réapprendre à se montrer bienveillant envers soi-même « t’es pas douée, ta voix est moche, tu n’y arriveras jamais,… » Nous n’accepterions jamais que quelqu’un s’adresse à nous en des termes aussi dénigrants. Nous savons que cette attitude n’est pas constructive et qu’elle est anti-pédagogique. Pourtant, ces phrases, souvent, nous nous les adressons à nous-mêmes. Ces pensées négatives, quand elles nous traversent, nous devons absolument les démonter et les remplacer par de nouvelles. Exemple: «Je suis nulle ». Pourquoi est-ce que je dis cela? Peut-être que ce que j’ai fait n’est pas parfait. Dans ce cas, je peux déjà prendre les choses autrement en reformulant: ce n’est pas moi qui suis nulle mais ce que j’ai produit. Cette distance est importante pour l’estime de soi. Et plutôt que de dire « j’aime, je n’aime pas, c’est beau, c’est moche c’est chouette ou c’est nul, je peux peut-être essayer d’affiner ma pensée et de comprendre ce qui m’a déplu. Souvent, un son faux ou laid est le symptôme de quelque chose qui s’est mal passé lors du processus. Il est donc plus intéressant de s’intéresser à la cause qu’à porter un jugement plat et sans appel. Quand je sais pourquoi ce que j’ai fait ne m’a pas plu et ce sur quoi je dois attirer mon attention et agir pour que cela ne se reproduise plus, je peux me relancer dans l'aventure, tout simplement. La bienveillance envers soi-même est une attitude que nous devons cultiver et essayer d’appliquer, à tout moment. Cela nous permet de ne pas dégrader notre image à nos propres-yeux. On ne peut pas demander au monde de nous aimer si nous ne sommes pas capables de nous aimer, nous-mêmes. Mieux dans notre peau, nous sommes plus positifs dans notre apprentissage, et donc, plus réceptifs. Nous progressons ainsi plus rapidement et avec beaucoup plus de plaisir. 3° Apprendre à relativiser et à prendre un peu de distance vis-à-vis de son apprentissage Lors de mon premier cours de chant avec un célèbre baryton américain, il m’a dit ceci: « Doro, ici tu peux crier, hurler, roter, péter, rire, tout est bienvenu! » Cela m’a évidemment surprise et cela m’a fait rire. Puis, après y avoir réfléchi, cela m’a finalement portée et libérée d’un grand fardeau. « S’affranchir de la peur de l’accident et du laid permet d’accéder au beau ». J’ai appris à dédramatiser, à remettre les choses en perspective. D’abord dans mon approche du chant, comme élève, ensuite comme jeune chanteuse professionnelle. Par la suite, dans ma vie privée, j’ai connu une épreuve qui m’a pendant un certain temps anéantie. Je suis restée plusieurs années sans chanter. Par hasard,j’ai perdu un emploi de comptable que j’occupais et j’ai reçu, en même temps, quelques propositions qui m’ont remise, presque malgré moi, sur le chemin de la musique. Je n’avais plus l’âge pour faire de grandes compétitions ni pour mener une carrière de soliste telle qu’on peut la rêver quand on a 18 ans. Plutôt que de m’accabler, ce constat m’a totalement désinhibée. Je n’avais plus cette pression de devoir réussir, de devoir être meilleure que ma voisine. Je faisais les choses parce que j’avais envie de les faire et un besoin immense et vital de communiquer, par le chant. La vie, par les épreuves qu’elle a mises sur mon chemin, bonnes et mauvaises, m’a permis de prendre une grande distance par rapport à ma voix, à ma manière de vivre mon chant. Cela l’a rendu plus humain, plus juste et, finalement, plus beau. Si, sur une heure ou deux de musique, il m’arrive de chanter faux une fois, de ne pas être précise dans une entrée, si mon ventre gargouille, que j’éternue ou que j’ai quelques gestes maladroits, cela gâche -t-il tout ce qui a été fait avant ou après? Il est très rare qu’on meure d’entendre un son laid. Notre corps et nos émotions nous trahissent parfois, c’est vrai. Mais, souvent, la beauté surgit grâce à un accident, il ne faut pas l’oublier. Ce qui nous touche dans un artiste, c’est plus fréquemment sa fragilité et ses fêlures (qui nous racontent une histoire, la sienne), que sa technique et son contrôle de lui-même. Nous, les chanteurs, sommes des artistes de spectacles vivants, ce qui implique que chaque prestation est unique, avec des moments de grâce et des moments de chaos. La meilleure façon de ne pas laisser les accidents nous peiner ou nous détruire, c’est de pouvoir en rire et de se pardonner. 4° Se fixer des objectifs réalistes Une manière de booster votre motivation est de vous fixer des petits défis. En effet, avoir des objectifs peut vraiment permettre de vous faire avancer. Nous allons nous inspirer de critères utilisés en management: les objectifs SMART. S pour spécifique Ne partez pas dans des projets trop vastes ou trop flous. Il faut que vous puissiez très bien formuler votre objectif, c’est important. Exemple: Je voudrais chanter un air lors d’un petit récital avec des amis dans un mois. M pour mesurable Fixez-vous un critère sur lequel vous pourrez vous évaluer, en relation à cet objectif. Exemple: chanter cet air, en entier, de mémoire. A pour acceptable et R pour réaliste Il faut que l’objectif soit acceptable et réaliste. Je dois adhérer à cet objectif, pas qu’il me soit uniquement imposé de l’extérieur, par un tiers, sans que j’y trouve mon compte. Il faut également que cet objectif soit réalisable. Mettre la barre trop haut ou se lancer dans un projet avec trop d’inconnues risquerait d’apporter le résultat inverse et de vous plonger dans un sentiment d’échec. Plus vous vivrez d’expériences, plus vous pourrez vous montrer ambitieux. T pour temporellement défini Se fixer une deadline est nécessaire. Notre objectif doit être défini dans le temps, à plus ou moins court terme. Pour ne pas perdre votre motivation en cours de route, ne fixez pas votre objectif dans un futur trop lointain ou incertain. 5° Apprendre à ouvrir les yeux pour s’intéresser au processus plus qu’au résultat. Tout le long de notre apprentissage du chant, nous allons nous éveiller à une conscience de nous-mêmes, toujours plus forte. Ce travail, long et passionnant, nous fera grandir, comme êtres sensibles, comme êtres vibrants. Pouvoir s’émerveiller à chaque étape du chemin est une grande joie. Il est plus épanouissant de vivre son chant sans rêves de gloire, de ne pas conditionner sa réussite au fait d’accéder à un sommet. Si le succès et la célébrité sont au rendez-vous, vous les recevrez comme un cadeau supplémentaire. Le bonheur d’avoir trouvé une liberté dans le mode d’expression artistique que vous avez choisi, d’être capable raconter de belles histoires grâce aux techniques apprises, nourries par votre expérience de vie, est, selon moi, la plus belle et la plus satisfaisante des gratifications.
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